Les chiffres claquent comme une sentence : les grands aéroports, jadis carrefours triomphants d’un monde ouvert, se retrouvent aujourd’hui à genoux. Dans l’œil du cyclone, Roissy Pays de France subit de plein fouet cette débâcle. Sa santé financière repose sur l’aéronautique, l’événementiel, l’hôtellerie, la restauration et le tourisme, autant de piliers que la pandémie a sapés, laissant la collectivité exsangue.
Dans ce paysage marqué par l’incertitude, Pascal Doll, président de la communauté d’agglomération Roissy Pays de France, fait face à la tempête depuis le siège de la collectivité. Le secteur aéronautique hexagonal, c’est près de 1 500 entreprises majeures, des milliers de sous-traitants, environ 300 000 emplois directs et indirects, et avant la crise, un chiffre d’affaires flirtant avec 95 milliards d’euros. Cela représentait plus de 4 % du PIB national et une contribution massive à la balance commerciale. Aujourd’hui, cette activité a été coupée en deux, laissant un territoire entier sur la corde raide.
Dans la communauté d’agglomération et ses 42 communes, la secousse ne se limite pas à des chiffres abstraits. Pour l’exercice 2021, la perte de recettes fiscales s’annonce vertigineuse : 35 millions d’euros en moins. Derrière cette hémorragie, des visages, des familles, des habitants pour qui l’aérien n’est pas une abstraction mais un gagne-pain quotidien. L’aide ponctuelle aux entreprises ne suffit pas à cacher la réalité : la crise laisse des traces profondes sur l’emploi, le tissu social, l’équilibre des foyers. Les projections sont sans appel : le chômage risque d’augmenter d’ici l’an prochain dans la plupart des communes concernées.
Roissy Pays de France a longtemps tiré sa force de sa position centrale dans l’économie de l’aérien. Mais cette dépendance devient aujourd’hui un talon d’Achille. Quand une filière tangue, c’est tout un territoire qui vacille. La crise sanitaire, économique et sociale impose un virage stratégique pour préserver son avenir.
Deux axes s’imposent pour sortir de l’impasse. D’abord, il faut bâtir un plan d’aide solide, qui s’inscrive sur la durée. Les experts s’accordent : il faudra au moins cinq ans pour que l’aéronautique retrouve un souffle comparable à celui d’avant-crise. Plutôt que de distribuer des subventions à la volée, la priorité doit aller à la réduction des charges qui pèsent sur les entreprises. Une mesure concrète, par exemple, serait d’exonérer celles de Roissy Pays de France de la moitié de la CVAE (contribution à la valeur ajoutée des entreprises). Ce coup de pouce pourrait empêcher une spirale de destruction de valeur et donner de l’air aux acteurs locaux.
Mais la réponse ne s’arrête pas là. La communauté d’agglomération, pour tenir bon, doit aussi bénéficier d’un double soutien financier : d’un côté, il s’agit d’alléger le poids du Fonds national de garantie individuelle des ressources (FNGIR) ; de l’autre, il faut compenser tout ou partie de la chute des recettes fiscales. Cette double action permettrait à Roissy Pays de France de continuer à soutenir ses municipalités, de garder vivants les dispositifs de formation, de reconversion, de maintien de l’investissement, et de faire vivre le principe de solidarité intercommunale lorsque tout vacille.
Parallèlement, une diversification rapide des activités devient une question de survie. S’appuyer uniquement sur l’aéronautique, c’est risquer de revivre le même choc à la prochaine secousse. Face à cette urgence, les élus se mobilisent, mobilisent toutes leurs forces pour réécrire le scénario du territoire, main dans la main avec le Val-d’Oise, la Seine-et-Marne et la région Île-de-France. L’objectif : maintenir Roissy comme pôle d’excellence et d’attractivité, malgré les vents contraires.
Pour réussir ce pari, l’État a un rôle clé à jouer. Soutenir la recherche, encourager la coopération, planifier l’installation d’entreprises innovantes dans des secteurs d’avenir : tout cela peut changer la donne. Roissy Pays de France, avec ses infrastructures connectées et son accessibilité, a les atouts pour attirer les acteurs économiques de demain. Encore faut-il une volonté politique affirmée pour transformer ce potentiel en réalité.
Certains pourraient croire à une revendication locale, à un plaidoyer d’arrière-garde. Mais la vérité est plus large : l’avenir du Grand Roissy touche à l’intérêt national. C’est un enjeu pour la France tout entière, pour sa capacité à rebondir et à rayonner. Miser sur ce territoire, c’est miser sur une relance rapide, solide, sur une ambition qui dépasse largement les limites de l’agglomération.
Pascal Doll, Président de la Communauté d’agglomération Roissy Pays de France
Le défi ne se limite pas aux frontières administratives. Roissy doit continuer à incarner l’excellence et l’attractivité, en s’appuyant sur la créativité des élus et la force du collectif. Les plans se dessinent, les alliances se nouent, mais rien ne se fera sans un engagement massif, sans une vision partagée. La France joue ici bien plus que l’avenir d’un territoire : elle mise sur sa capacité à se réinventer, à faire de chaque crise une rampe de lancement. Le compte à rebours est lancé.

